On ne peut pas décrire le noir et le blanc car ils n’existent pas. On ne pas parler du noir et du blanc car ils parlent de l’infini. On ne peut que raconter quelques histoires autour. Des histoires à propos de la pureté. Dans nos sociétés occidentales, il est entendu que le blanc est la couleur de la pureté – virginité, mariage -, le moins de tout, tandis que le noir serait celle du mal et de l’obscurité. Étrangement, la réalité nous dit le contraire. Le blanc est l’addition de toutes les couleurs quand le noir est leur disparition. Étrange que des nonnes qui ont fait vœu de réclusion ne soient vêtues en réalité que de l’addition de toutes les couleurs de la vie. (…) On pourrait encore parler du noir et de la société moderne. Le vêtements noirs qui font notre mode depuis vingt ans ne peuvent exister que dans une société moderne et seulement depuis l’avènement de l’électricité. Si on évoque la vie dans les châteaux, éclairés à la bougie ou au feu de cheminée, on sait que les riches, les seigneurs, se couvraient de vêtements de couleurs vives, de vêtements scintillants qui accrochaient la lumière. Le seigneur existait dans la lumière. Le pauvre, au contraire, était habillé de peu, il disparaissait. Aujourd’hui, on peut se vêtir de noir car il existe une égalité sociale devant la lumière.

Philippe Starck